IMMERSION AMAZONIENNE AVEC RÉMI VINAS

Carnet de route d’un photographe à la découverte de Panthera Sanctuary, une réserve naturelle protégée dans la forêt de le Madre de Dios (Pérou).

DU REVE A LA REALITE


« Immensément verte, merveilleusement bruyante et vivante, incroyablement sauvage, la nature en Amazonie était exactement comme je l’avais rêvée sur les genoux de ma mère dans mon enfance, à chaque fois qu’en m’endormant elle me contait la vie de la forêt Amazonienne.


À peine le temps de découvrir Panthera Sanctuary sur mon écran PC, je sais juste que c’est une réserve naturelle protégée, un conservatoire en forêt Amazonienne. Elle est mentionnée sur un site web qui propose des séjours d’éco-voyage. Je décide de partir et je me retrouve quelques jours plus tard, parachuté en plein cœur de la forêt primaire bordant le Madre de Dios.


Là-bas à une heure d’embarcation de Puerto Maldonado (Pérou), en direction de la Bolivie, je perçois dès mon premier pied à terre une vie débordante, et pour la troisième fois, je revis l’Amazonie, cette fois en vrai, en son et en image.


En tant que photographe animalier je dois l’avouer, c’est bien sa localisation qui m’a séduit immédiatement. Je recherchais un lieu sensiblement excentré et isolé du reste des lodges bruyants de Puerto Maldonado qui proposent aux touristes avides d’aventures, des expéditions bruyantes au rabais.


IMMERSION AMAZONIENNE


Je n’ai pas été déçu. Panthera Sanctuary a tout à offrir aux photographes naturalistes. Son emplacement privilégié offre à tout amateur de faune sauvage un point de départ inédit vers une nature authentique et préservée. A pied, les sentiers sont entretenus par les volontaires de la réserve, en barque sur les canaux adjacents ou à l’affut posté sur une plateforme d’observation aviaire. Il faudrait bien plus qu’une vie d’homme pour apprécier l’incroyable richesse de sa faune et de sa flore.


Composée à 90 % de forêt primaire et de zones inondées appelées « aguajales », l’intérêt de la réserve Panthera Sanctuary réside dans son immense biodiversité endémique, la plus dense au monde et qui rend chaque hectare de cette forêt inestimable. La saison des pluies y est appréciée des photographes, naturalistes et biologistes en tout genre pour l’observation de la vie sauvage, provoquant « fascination déraisonnable immédiate », pour reprendre les mots du directeur de Panthera.


Tous les matins, ma ronde forestière terminée je regagne le « comedor », et je partage mes observations avec Jaime, le talentueux cuisinier vénézuélien officiant pour Panthera Sanctuary. Le temps d’échanger avec les volontaires de la réserve devant un petit déjeuner royal, préparé avec les productions locales. J’ai plaisir à échanger avec l’équipe de volontaires qui se réunissent en petits groupes dans leurs activités d’entretien de la réserve, quand c’est possible et que le temps que je prends pour mon travail photo me le permet.

J’ai rejoint la réserve davantage en qualité de photographe plus que de volontaire et j’ai le privilège de disposer d’une habitation excentrée du reste des volontaires dans une clairière cernée de forêt à perte de vue. Mon lodge est monté sur pilotis avec une plateforme couverte adjacente à ma chambre. L’endroit rêvé pour garder un œil sur les activités sauvages aux alentours depuis mon hamac entre deux averses.


RENCONTRES EN FORÊT PRIMAIRE


La période d’adaptation écoulée, mon appréhension se transforme rapidement en curiosité irrépressible pour laisser place à l’émerveillement. A peu de chose près, chaque journée débute de la même manière : le chant des singes hurleurs précédent les premières lueurs du jour, je sors de ma torpeur et me glisse dans mes bottes pour me plonger à cœur perdu dans les méandres de la réserve.


Une machette dans une main, mon appareil photo dans l’autre, il ne m’en faut pas plus pour me délecter de l’éveil la nature. A l’assaut des sentiers de la réserve, mes sens s’emballent, me font vivre chaque instant à 200%. Et pour la première fois je ne me sens plus visiteur mais partie intégrante de cet eden.


La réserve offre la possibilité d’observer tous types d’espèces animales et ne saurait laisser insatisfait le moindre photographe. Même si les emblématiques espèces que sont les grands félins, l’anaconda, le tapir ou encore le capybara n’offrent souvent que des éléments d’observation indirects de leur passage. La chance peut sourire de temps à autre au plus initié, mais surtout, au plus patient.


La concentration et l’ouverture totale à la nature sont là-bas, plus qu’ailleurs les principes de l’observation animale et de la connexion avec le monde sauvage. Un instant focalisé sur une coulée de traces fraîches de félins dans la boue, je me trouve distrait par un colibri furtif qui me coupe la route, puis à quelques mètres plus loin, les arbres s’agitant à mesure de mon approche, j’arrive au centre d’un conflit territorial entre des singes écureuils et des Sapajous à grosse tête.


Au fur et à mesure de mes expéditions, j’ai vite compris que je ne suis pas au sommet de l’évolution dans ce biotope et pour la première fois de ma vie je perçois que certains sens me manquent. Il m’est difficile d’approcher sous le vent tant ce dernier, filtré par la canopée se fait rare. Habitué à progresser hors des chemins en Europe pour dissimuler plus facilement ma présence au besoin, la tâche est ici plus ardue. La densité de la végétation donne à chacun de mes pas une bruyante sonorité. Le pistage en forêt amazonienne s’apprend sur le terrain, si bien que pour certaines populations de chasseurs autochtones, il est encore de nos jours gage de survie. A pas de loup, enveloppé dans une toile camouflée en tissu synthétique ne générant aucun bruit lors de mes mouvements, sans déodorant ni répulsif, le visage masqué de boue séchée, je parviens ainsi à dissimuler au mieux mon odeur, mon bruit ainsi que mon teint pâle.


De jour en jour j’apprends, j’enrichis ma lecture de la forêt et petit à petit je parviens à rattacher chaque bruit, chaque grincement, cri ou chant à une manifestation animale ou végétale.

De mes plus beaux moments, je retiens ma rencontre avec le Hoazin huppé, un oiseau majestueux à l’allure préhistorique qui a élu domicile dans un étang de la réserve. Coutumier de mes visites quasi quotidiennes, il me laisse m’approcher assez pour m’honorer de son plus beau profil au travers du feuillage, tout en respectant une distance naturellement établie et dans un souci de respect de son intimité.

Parmi les moments de partage en forêt que j’ai eu, comment ne pas parler de ce colibri curieux qui aux dernières lueurs du jours, de retour vers camp est venu parader devant mon objectif, m’offrant ces clichés originaux de contrejour et mimant de délicates ombres chinoises.


QUAND UN PAPILLON BUTINE LES LARMES D’UNE TORTUE


Au-delà de ces rencontres uniques, cette immersion me permet de découvrir des phénomènes de symbiose uniques entre les espèces. Comme cette image capturée depuis une barque dans l’un des canaux adjacents de la réserve : un papillon butinant les larmes de la tortue Taricaya. L’explication de cette curieuse entente est en fait toute simple : la forêt primaire Amazonienne est située à 1 500 km de l’Océan Atlantique. Elle reste couper de l’apport de particules minérales portées par le vent de la Cordillère des Andes. Nous sommes en fait dans l’une des régions au monde où l’on retrouve les plus basses salinités. Ce qui explique que cette espèce de papillon vient puiser le sel directement dans des fluides concentrés, comme les larmes de tortues ou de caïmans.


ENGAGÉ


Naturellement passionné et spécialisé dans la photographie de mammifères, ce n’est pas ici la motivation principale de mon immersion. Il me tient particulièrement à cœur de découvrir cet incroyable système d’interdépendance entre ces mondes biologiques et géologiques. Cette machine autosuffisante, modèle de vie et de biodiversité que l’homme œuvre quotidiennement à détruire pour assoir son expansion irrépressible. 


Mes convictions personnelles rejoignent les grands mouvements de conservation et de préservation du monde sauvage tel que nous le connaissons. C’est sans surprise que j’ai été conquis par le travail de l'équipe de Panthera Sanctuary. Et l'idée de lier ma passion à une initiative pour la planète, un partenariat motivé par un souci commun de conservation m’a paru être une évidence. Médecin urgentiste par vocation et photographe professionnel par passion, cette double étiquette me permet aujourd’hui de reverser l’intégralité de mes revenus photographiques au développement de la Réserve de Panthera Sanctuary. Ses fonds reversés sont destinés à l’achat de futur de parcelles adjacentes à la réserve. Avec le projet d’accroitre la surface protégée et de renforcer la lutte contre la déforestation intempestive.


L’observation et la photographie permettent indéniablement de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Les émotions que cela génère, l’admiration et l’émerveillement encouragent à la protection et la conservation de la nature. A travers mes images je contribue à donner à voir la nature et à la représenter telle que je la perçois, aussi sauvage qu’authentique. Convaincu que sans les animaux, l’humanité ne saurait subsister. 

Suivez-moi, au cœur de la forêt vous y trouverez peut-être les clés d’une entente possible et d’une harmonie avec le monde sauvage.


Voir les photos de Rémi Vinas

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